Pour les chrétiens, l’habit ne fait pas le moine. Pour les musulmans, le minaret ne fait pas l’extrémiste, pas plus que l’extrémiste n’a besoin d’un minaret. Cela n’a manifestement pas empêché l’UDC et l’UDF de se focaliser sur cet édifice, dans une campagne où rarement un camp n’aura autant joué sur les amalgames.
Et pour cause : défendre sur la base de la raison l’interdiction d’un édifice religieux est assez ardu. Comme n’importe quel bâtiment, les minarets sont soumis au droit de l’aménagement du territoire et à la police des constructions. Les règles légales en vigueur empêchent déjà le risque de voir s’ériger un minaret dans un endroit inapproprié. Preuve en est les 4 minarets aujourd’hui sur sol helvétique.
Mais pour les partisans de l’interdiction du minaret, la réalité actuelle importe peu. Pour eux, le minaret serait avant tout le symbole d’une domination territoriale, voire la première étape d’un complot que fomenteraient les musulmans de Suisse. On a beau dire que la peur est mauvaise conseillère, certains ont bien compris qu’elle a des vertus électorales qui ne sont plus à prouver. Surtout si cette peur est parmi les plus viscérales qui soient, à savoir la peur de la différence.
On en oublierait presque que les quelque 400′000 musulmans qui vivent en Suisse, dont une petite minorité est pratiquante, demandent avant tout de vivre sans porter le poids de l’assimilation à certains ayatollahs adeptes de la charia au Moyen-Orient. Mais pour nos amis de l’UDC, il n’y a rien de mieux qu’un bon épouvantail pour récolter des voix. Et tant pis si cela doit signifier la mise au pilori de toute une communauté de croyants.
Cette mise à l’index, l’UDC et l’UDF la justifient par le fait que certains pays à majorité musulmane n’offrent pas à leurs minorités, notamment chrétiennes, les mêmes libertés qu’en Europe. Selon ces partis, il serait donc normal que la majorité chrétienne de Suisse applique une forme de réciprocité à la minorité musulmane.
Ce raisonnement amalgame croyants musulmans d’ici et régimes oppressifs d’ailleurs. Mais surtout, il porte atteinte à nos propres valeurs de liberté et d’égalité, dont se prévalent pourtant sans cesse les défenseurs autoproclamés des valeurs suisses et chrétiennes.
Vous craignez pour l’identité suisse ? Rappelez-vous que la Suisse moderne a été créée pour faire cohabiter des cultures, des langues et, surtout, des religions différentes. Vous craignez que l’Etat se retrouve un jour démuni face aux revendications de minorités religieuses ? Faites confiance à l’ordre juridique suisse, qui apporte déjà des réponses claires pour assurer le respect de nos principes fondamentaux. Vous avez peur pour les valeurs chrétiennes ? Mais est-ce le refus de la différence et la mise à l’index d’une minorité qui les caractérisent vraiment le mieux ?
La coexistence d’individus de cultures diverses peut soulever des questions. Mais ces questions méritent mieux comme réponse qu’une initiative qui attise la peur, jette l’anathème sur les milliers de croyants musulmans de notre pays et faire ressortir de son vieux cercueil le spectre de la guerre des religions.
(opinion parue dans 24Heures, 6 novembre 2009)

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